Utilisation raisonnée de l'herbe

Pour une utilisation raisonnée de l’herbe !?

 

 

 

« Ce n’est pas facile de bien utiliser l’herbe »  « La bonne herbe, ça ne dure pas longtemps »

« On est énormément tributaire du temps »      « La culture de l’herbe, c’est un savoir-faire »

 

En fin d’hiver il faut déprimer les pâtures (pâturage précoce au-dessus du premier bourgeon) pour initier une bonne pousse de printemps. Mais cela n’est pas toujours facile car l’éleveur est tributaire du temps et les parcelles ne sont pas toutes portantes…

 

De plus, la première herbe est très tendre et très riche en eau : attention à la tétanie d’herbage et à la diarrhée. Pourtant, les vaches l’apprécient, surtout après une longue période au régime d’hiver (maïs-soja !!), et parfois, elles produisent même plus de lait !

 

D’où la réflexion intéressante sur l’intérêt d’incorporer davantage d’herbe dans la ration d’hiver… Cela paraît être une bonne idée que certains mettent déjà en pratique !

 

La mise à l’herbe se fera alors progressivement et, si la nature fait pousser en abondance ce trésor vert, il sera judicieux de faire des stocks pour un usage différé (enrubannage, ensilage, bouchons, foin…). Pour cela, il faut anticiper le meilleur stade végétatif. Quand l’épi de la gra- minée grimpe à 10 cm dans la gaine, il faut faucher dès qu’un créneau de 2 jours ensoleillés se présente : lorsque la matière sèche arrive à 30-35% pour l’ensilage et à 45-55% pour l’enrubannage, c’est parfait !

 

Le trèfle associé à du ray-grass anglais ayant l’épi à 10 cm dans la tige, représente une bonne source de protéine bon marché. Ce mélange, distribué à raison de 3-3.5 kg de matière sèche avec la ration maïs en hiver, permet d’économiser 1.5 kg de soja /vache/jour : il ne faut pas s’en priver. D’autant plus que la digestion de la ration d’hiver sera améliorée : une bonne mastication à l’ingestion (les grains broyés seront mieux digérés), une bonne rumination et un rumen bien tamponné feront que la tige du maïs mieux digérée libérera toute son énergie grâce aux bactéries et aux protozoaires du rumen, dopés par la cellulose digestible de l’herbe.

 

Il n’en demeure pas moins que la meilleure herbe, la mieux digérée et la plus économique, est encore celle que la vache ramasse elle-même (on dit que « la vache coupe et étend le fumier »).

 

Il est certain qu’une bonne pâture RGA/TB est l’idéal. Les vaches entrent après 30-35 jours de rotation, à une hauteur de 17-20 cm à l’herbomètre ; mais cet « or vert » peut ne pas durer longtemps. Il faut donc mettre en place des moyens pour gérer correctement l’herbe : faire un parcellaire correspondant à la distribution de 5 jours maximum (en ration unique ou en ration avec du maïs) puis établir un planning de pâturage.

Concrètement,  on  veillera  à  entrer  dans  les  parcelles   vers 17 cm d’herbe (mesurés à l’herbomètre ou équivalent : hauteur de botte etc…) et à sortir vers 5 cm. Si la sortie est trop précoce (>6.5 cm), la repousse sera moins bonne et la feuille perdra progressivement sa valeur. En revanche, si la sortie est trop tardive, la vitesse de repousse sera retar dée et les rotations à venir seront perturbées… (Tableau 1).

Tableau 1 : Effet pâturage ras (résultat essai Maison Blanche sur 3 ans (Normandie) dans un troupeau ?

 

Pour gérer son stock d’herbe, plusieurs éléments sont à connaître :

  • la surface disponible par vache : cela conditionnera la quantité d’herbe qu’il sera possible d’incorporer dans la ration,

  • la vitesse de pousse de l’herbe à un moment donné ; elle dépend de plusieurs paramètres climatiques (Graphique 1),

Graphique 1 : Pousse de l’herbe selon les saisons (Bretagne)

 

  • la quantité d’herbe (MS) proposée dans une parcelle en fonction de la densité de la pâture : en général 200-250 kg de matière sèche par cm d’herbe mesuré à l’herbomètre et par hectare (tableau 2),

Tableau 2 : Pousse d’herbe disponible par VL et par jour

 

  • la valeur alimentaire en fonction du stade végétatif de la plante pour une légumineuse et pour une graminée (graphiques 2 et 3).

 

 

 

 

 

Graphique 2 : Composition moyenne du trèfle en fonction du stade de développement

 

 

 

 

 

Graphique 3 : Evolution de la valeur du RGA en fonction de son stade

 

 

 

 

 

 

La gestion de l’herbe bien maitrisée constitue aujourd’hui un levier pour une meilleure maîtrise des coûts alimentaires au printemps bien sûr, mais aussi en été quand les parcelles sont bien gérées, et de plus en plus en hiver pour utiliser les excédents et les cultures dédiées aux « conserves » (dérobés et parcelles de fauche exclusivement).

 

Yves Fouqué