Les mammites des génisses

Intérêt des analyses bactériologiques sur les mammites

des génisses au vêlage

 

Dans les années 1990, des études épidémiologiques ont montré que près de deux génisses sur trois sont atteintes d’affections intra-mammaires avant le vêlage. A cela s’ajoutent 10% de nouvelles infections contractées dans les 10 jours qui suivent le vêlage.

La moitié des génisses infectées avant vêlage le restent après le vêlage. Si les deux tiers  guérissent ensuite spontanément, les autres infections persistent et évoluent en mammites cliniques ou sub-cliniques avec des pertes économiques évidentes liées à la baisse de production de lait, aux réformes anticipées, au coût des traitements, etc.

Il est indispensable d’être vigilant et proactif face aux primipares qui présentent des mammites cliniques ou des taux cellulaires élevés durant les 3 premiers mois de lactation.

Une mammite de génisse, ce n’est pas une mammite de vache !

Vous avez sûrement pu constater que dans notre pratique courante, nous n’abordons pas les mammites au vêlage des génisses comme celles des vaches, cela en raison des nombreuses différences entre les mammites des primipares et celles des multipares :

La prévalence, c’est-à-dire la fréquence d’apparition des mammites : les génisses déclarent deux fois plus de mammites au vêlage que les vaches. 

Le nombre de quartiers infectés : près de 40% des génisses qui font une mammite au vêlage ont plusieurs quartiers infectés. C’est deux fois plus que les vaches qui ont un seul quartier infecté dans 80% des cas.

Primipares (Van de Leemput & Guidarini, 2008)

Multipares (Bradlay et al., ….)

Les germes responsables de mammites au vêlage chez les génisses et chez les vaches sont différents. Si 80% des mammites au vêlage des vaches sont causées par E.coli, le profil est complètement différent chez les primipares : on isole 70% de Staphylocoque non aureus (appelés aussi « CNS », voir schéma 1). Pourtant l’expression clinique n’est pas forcément différente : seule une analyse bactériologique permet de connaître de façon certaine le germe incriminé, et donc de l’appréhender au mieux.

Quels sont les facteurs de risques des mammites au vêlage des primipares ?

Plusieurs études ont évalué les facteurs de risque qui favorisent l’apparition des mammites chez les génisses. Certains semblent significatifs :

Les facteurs de risque liés à la physiologie de la génisse :

- les génisses ont davantage d’œdème mammaire

- la production laitière met plus de temps à s’installer

- les génisses donnent souvent mal leur lait lors des premières traites

- les génisses ont des besoins plus importants : croissance et production laitière

 

Les facteurs de risque liés au stress post-vêlage

- première expérience du vêlage, souvent plus long et difficile que pour les vaches

- intégration dans le troupeau

- passage en salle de traite

- changement d’alimentation

- changement de confort lié au logement

 

Les facteurs de risque liés à l’élevage des génisses

- les veaux qui se tètent : box individuel, anneaux anti-tète

- la distribution de lait mammiteux ou avec des résidus d’antibiotiques aux veaux (cf newsletter de juin 2015)

- les trayons surnuméraires et les verrues sur les trayons : s’en occuper précocement

- les mouches : limiter leur développement car elles sont des vecteurs de germes

- l’hygiène du logement, surtout en fin de gestation

- les pertes de lait avant vêlage : traire les génisses qui perdent leur lait avant vêlage en pensant à congeler leur colostrum

 

L’analyse bactériologique, un outil indispensable pour maîtriser les mammites au vêlage des génisses

Comme pour les multipares, les mammites au vêlage des primipares sont dues essentiellement à 3 familles de  germes (staphylocoques, streptocoques et colibacilles) mais dans des proportions différentes. La connaissance de l’agent responsable d’une mammite nous permet d’une part de mettre en place le traitement le mieux adapté qui aura le meilleur taux de réussite, et d’autre part d’appréhender le mode de contamination des génisses dans l’élevage et donc d’agir sur les facteurs de risque.

Les analyses bactériologiques sur les laits de mammites peuvent être faites chez votre vétérinaire : en 24 heures, nous pouvons être en mesure de de vous communiquer le germe incriminé ainsi que les conseils de traitement et de précaution associés. Rappelons les bons gestes pour réaliser un prélèvement stérile, condition indispensable pour pouvoir interpréter l’analyse :

- utilisez un flacon stérile, fourni par vos vétérinaires

- pratiquez le prélèvement avec des mains propres et sèches. Le port de gants (à usage unique et neufs) est vivement recommandé.

- désinfectez le bout du trayon avec une lingette alcoolisée en s’attardant sur le sphincter (photo 1)

- ouvrez le flacon sans poser le bouchon mais en le gardant dans une main, en veillant à orienter la partie interne vissée vers le bas (photo 2)

Photo 1

Photo 2

 

- prélevez 2 ou 3 jets de lait seulement (plus vous remplissez le flacon, plus les risques de contamination sont importants). Pendant le prélèvement, le flacon ne doit pas toucher le trayon, et il doit être maintenu bien incliné pour éviter que des poussières ou des poils ne tombent à l’intérieur (photo 2).

- refermez le flacon et identifiez-le avec le numéro de la vache et le quartier prélevé.

 

Que ce soit pour une mammite clinique ou pour une mammite subclinique, un prélèvement doit contenir le lait d’un seul quartier.

Pour les génisses avec des concentrations cellulaires élevées sans signes cliniques, le principe de prélèvement reste le même, il conviendra seulement de réaliser préalablement un CMT (plateau) ou un comptage de chaque quartier pour identifier le nombre de quartiers infectés et prélever uniquement celui qui semble le plus infecté.

Grâce aux résultats des analyses bactériologiques, vous pourrez réagir efficacement face au problème de mammites, à l’échelle individuelle en traitant la vache prélevée de manière adaptée mais vous pourrez également agir à plus grande échelle en adoptant des mesures préventives pour diminuer la prévalence des mammites sur vos génisses. Nous pouvons vous aider dans cette démarche.

Points forts :

  • Les mammites des génisses ne sont pas les mêmes que celles des vaches

  • Les génisses sont des animaux sensibles aux infections intra-mammaires en période péri-partum

  • Les analyses bactériologiques du lait sont d’une grande aide pour traiter au mieux les mammites mais aussi pour en connaître l’origine et donc les prévenir 

  • Un simple prélèvement stérile permet d’obtenir un résultat accompagné d’une interprétation vétérinaire en 24 à 48 heures

  Christophe Cichy