Les mouches en élevage

Les mouches : comment vivre un été plus serein ?!

 

Dès les premières chaleurs printanières, les mouches sont de retour et pullulent : plus la température s’élève, plus elles se multiplient rapidement. On entend souvent dire les éleveurs qu’elles sont de plus en plus nombreuses et difficiles à éliminer, mettant en doute l’efficacité des insecticides utilisés en pour-on sur les bovins. Qu’en est-t-il réellement : pourquoi et comment lutter efficacement contre les mouches ?

Quels sont les véritables enjeux de la lutte contre les mouches ?

 

Les mouches causent de nombreux désagréments qui peuvent être plus sérieux qu’il n’y paraît. Elles sont néfastes pour :

  • Le confort des animaux : perturbation, piqûres

  • Le confort des éleveurs en salle de traite mais aussi dans les habitations

  • La santé des animaux : les mouches sont vectrices de maladies comme la kérato-conjonctivite bactérienne (« œil blanc »), les mammites dites « d’été » et aussi potentiellement les entérocolites, salmonelloses, ehrlichiose, FCO, etc.

  • La productivité des animaux : en viande comme en lait, les perturbations et le stress des animaux liés aux mouches et autres insectes entrainent une baisse de production pouvant atteindre jusqu’à 30% en moins sur les productions attendues.

Les mouches se multiplient dès que les températures dépassent 10°C (schéma 1) : une femelle pond jusqu’à une centaine d’œufs par jour, plutôt dans des lieux humides. Ces œufs libèrent des larves de première et deuxième générations qui se réfugient dans les lieux sombres, humides et chauds (elles s’enfoncent dans les litières). Les larves de troisième génération (« asticots ») supportent des températures moins élevées, des lieux plus secs et lumineux. La pupe est l’élément terminal du cycle qui éclot en une nouvelle mouche.

 

Schéma 1 : cycle de développement des mouches

La durée du cycle varie suivant la température et peut durer seulement 10 jours en été. Pour 10 mouches observées, 40 nouvelles sont déjà en formation sous forme de larves ! (schéma 2)

Schéma 2 : répartition de la population de mouches

 

Comment lutter efficacement contre les mouches ?

 

Les moyens de lutte peuvent être physiques (limitation des lieux de ponte, destruction physique des différents éléments du cycle) ou chimiques : l’action sur les animaux adultes et sur les larves est totalement complémentaire.

Quel que soit l’enjeu sanitaire, il faut nécessairement intervenir avant que la population d’insectes adultes ne devienne trop importante ! La prévention repose sur 3 leviers complémentaires :

 

  • Limiter les lieux de vie et de ponte des adultes : les mouches ont besoin de chaleur, d’humidité et de matière organique ; des mesures d’hygiène générale permettent de réduire le risque :

    • Bâtiments et abords propres et rangés (éviter tout lieu avec de l’eau résiduelle : pneus, sacs, pots etc.)

    • Abords des silos propres et stock d’aliment gérés et rangés

    • Evacuation fréquente des fumiers et lisier, les éloigner autant que possible à plus de 500 mètres des lieux d’élevage et de pâturage

    • Ventilation des bâtiments : courants d’air et assèchement

    • En salle de traite :

      • brasseur d’air ou nébuliseur

      • nettoyage rigoureux pour enlever le lait, l’urine et les bouses

    • En nurserie :

      • Lavage et séchage des zones et du matériel souillés par le lait (seaux, quai et grille de récupération des écoulements du DAL)

      • curage-nettoyage-séchage régulier des quais d’alimentation, sous les abreuvoirs et les auges

 

 

  • Détruire les larves (dont les fameux vers à queue) et limiter leurs lieux de vie : 1kg de fumier peut contenir 3000 œufs ! En grattant un tas de fumier sur 30-40 cm, on peut observer la « réserve » de larves !

    • Dès les premières chaleurs, épandre un larvicide dans les endroits à risque, non piétinés par les bovins : sous les auges et les abreuvoirs, les cases à veaux, les litières sur 50 cm le long des murs en aire paillée, les bordures de couloir de raclage en bâtiment logettes, les lieux de stockage de déjections et en bordure du fumier et de la fosse à lisier

    • Dès la mise à l’herbe, faire un protocole de nettoyage-désinfection-assèchement des locaux et matériels d’élevage. Nettoyer les abords de l’exploitation

 

 

 

  • Eliminer les mouches d’hiver avant leur prolifération printanière

    • A l’entrée en stabulation à l’automne, maintenir la litière le plus sec possible

    • Piéger les mouches persistantes

 

 

 

  • Eliminer les mouches adultes :

    • Traiter les animaux avec des insecticides pour-on

    •  En bâtiment : pièges collants, destructeurs électriques, adulticides (en changeant de molécules tous les 6 mois)

    • Remarque importante : l’emploi de larvicides sera d’autant plus réduit que le larvicide aura été utilisé précocement et bien appliqué.

 

Il est important de choisir des produits de composition différente pour chaque type d’utilisation afin d’éviter l’apparition de résistance.

              

  Finalement, le traitement des bovins contre les mouches ne représente qu’une petite part des moyens qui existent pour lutter contre les mouches ; seul, il ne peut pas être efficace.

 

Schéma 3 : protocole de lutte contre les mouches

 

Points forts :

 

 « J’ai vraiment l’impression que les produits anti-mouches pour bovins ne fonctionnent plus aussi bien qu’avant ! »

 

Avant de parler d’échec de traitement ou de résistance, il faut s’assurer que l’ensemble du plan de lutte soit bien appliqué. Le protocole pour une lutte efficace contre les mouches comporte plusieurs mesures complémentaires agissant à différents moments du cycle (schéma 3) :

  • Agir tôt, dès le printemps, est une condition majeure de réussite du plan de lutte
  • Respecter des mesures d’hygiène générale pour limiter le développement des œufs et des larves
  • Eliminer les larves : larvicides dans les lieux de stockages de déjections et dans les bâtiments
  • Eliminer les adultes, dans les bâtiments et sur les animaux

Le traitement des mouches sur les bovins ne représente qu’une étape du protocole : pas étonnant que le résultat ne soit pas concluant s’il est fait seul car le nombre de mouches adultes dépasse alors largement la capacité du produit à les détruire.

 

  Marie Genest.