L'évolution des mammites

Evolution des mammites au cours des dix dernières années : germes et résistances aux antibiotiques

(Etude de laboratoire dans la clientèle de Villaines-la-Juhel, 1654 analyses bactériologiques).

 

Concernant les infections intra-mammaires, certaines choses ne changent pas : la mammite reste la maladie numéro 1 en élevage bovin laitier. Le coût du traitement est d’environ 2,50 € par 1000 litres de lait, et  le manque à gagner (baisse de production, lait écarté du tank) représente de 50 à 100 € par mammite.

Mais d’autres choses évoluent, comme la fréquence de présence des bactéries responsables des mammites ainsi que leur résistance aux antibiotiques.

 

Evolution des germes responsables des mammites (graphiques 1 et 2) :

 

Graphique 1 : évolution des germes responsables des mammites cliniques (Villaines-la-Juhel, 2005 à 2014).

Graphique 2 : Répartition des germes responsables de mammites (Villaines-la-Juhel, 2015).

 

  • Bien que les mammites à Staphylococcus aureus soient toujours peu fréquentes dans nos régions, on constate une légère augmentation de leur fréquence ces deux dernières années.

  • L’isolement de Streptococcus uberis diminue ; ceci peut s’expliquer en partie par le fait que cette bactérie se plaît dans la litière paillée, or de plus en plus d’élevages passent en système logettes.

  • Le changement le plus important concerne Escherichia coli, de plus en plus présent. Il est important de savoir que la majorité des infections dues à E. coli se produit pendant le tarissement. Le plus souvent, ces bactéries contaminent la mamelle pendant la période sèche et occasionnent une mammite après le vêlage, pendant les trois premiers mois de la lactation.

 

Notre meilleur conseil pour la prévention des infections à E.coli est de veiller à la propreté et au confort du logement des vaches taries ; une protection supplémentaire de la mamelle peut être obtenue avec l’application d’un obturateur au moment du tarissement.

Qu’en est-il de la résistance aux antibiotiques ?

 

Nous savons tous que certaines bactéries sont résistantes à certains antibiotiques.

Grâce à votre collaboration, nous sommes aujourd’hui capables de vous décrire les bactéries responsables de mammites et quelles sont leurs résistances aux antibiotiques dans notre clientèle : merci ! Les données présentées ci-dessous sont exclusivement originaires de la clientèle de Villaines-la-Juhel et reflètent donc les populations bactériennes présentes dans notre région. La législation ne nous permet pas de citer le nom commercial des médicaments, mais notre équipe de vétérinaires est bien sûr disponible pour en discuter avec vous.

Une tendance générale pour toutes les bactéries est que la résistance contre les antibiotiques du groupe des aminoglycosides se développe.

La résistance de E. coli pour la combinaison amoxicilline + acide clavulanique est en baisse et la sensibilité de cette bactérie pour l’association triméthoprime-sulfamides est très bonne ! Un bon argument pour remplacer les fluoroquinolones (antibiotiques critiques) en cas de mammite colibacillaire.

Staphylococcus aureus est de plus en plus résistant à la pénicilline mais reste très sensible à l’oxacilline et à la combinaison amoxicilline + acide clavulanique.

Le meilleur traitement pour les infections à Streptococcus uberis reste pour l’instant l’utilisation d’une pénicilline ; il faut cependant souligner une tendance nationale d’augmentation de la résistance de S. uberis vis-à-vis des pénicillines. Par ailleurs, la sensibilité à l’association triméthoprime-sulfamides a fortement augmenté durant les 10 dernières années.

Si dans votre élevage vous constatez une dégradation de l’efficacité des antibiotiques utilisés pour traiter les mammites, il peut être utile d’examiner votre situation propre : quelles bactéries sont présentes dans votre élevage, quels sont leurs profils d’antibiorésistance, l’immunité de vos vaches est-elle optimale, etc. L’analyse de toutes ces informations nous permettra de vous fournir des recommandations afin de mieux utiliser les molécules antibiotiques et d’améliorer la qualité du lait de votre cheptel.

  Ségolène Rodier        Jonathan Guichard