L'Ehrlichiose granulocytaire bovine

 

L’Ehrlichiose granulocytaire bovine

 

L’ehrlichiose est une infection ancienne mais dont le diagnostic est récent (depuis les années 2000). Elle est également dénommée « fièvre des pâturages » ou « maladie des pâturons ». A l’origine de symptômes parfois très graves, l’ehrlichiose est une maladie à prendre au sérieux et dont le diagnostic est aujourd’hui fiable.

L’ehrlichiose bovine : qu’est-ce que c’est ?

L’ehrlichiose est due à une bactérie, Anaplasma phagocytophylum, qui se multiplie dans les cellules immunitaires (globules blancs) du bovin infecté. Cette bactérie est transmise par les tiques : en piquant les bovins pour effectuer leur repas de sang, les tiques injectent les bactéries directement dans leur sang.

Quels sont les symptômes ?

L’ehrlichiose se manifeste principalement par une forte chute de production de lait associée à une hyperthermie élevée, souvent supérieure à 40°C. Parfois, on observe des œdèmes importants, notamment au niveau des membres et des zones glabres (contour des yeux, vulve, mamelle). En fin de gestation, l’ehrlichiose peut provoquer des avortements.

Les bactéries se multipliant dans les cellules immunitaires, elles entrainent une immunodépression sévère qui favorise les infections secondaires graves, parfois mortelles (notamment les infections respiratoires assez fréquentes, responsable de « toux d’été »).

Quand la maladie se manifeste-t-elle ?

L’ehrlichiose se déclare essentiellement au printemps et à l’automne, périodes qui correspondent à l’activité maximale des tiques vectrices de la maladie (les nymphes au printemps puis les adultes en automne). Les épisodes cliniques débutent en mai, avec un pic en juin puis en septembre, jusque début octobre.

Les symptômes apparaissent dans les 2 semaines après la mise en pâture et s’observent surtout sur les animaux qui se retrouvent pour la première fois dans ces pâtures (soit des jeunes animaux, soit des animaux achetés, soit des primipares).

Comment diagnostiquer la maladie ?

 

La mise en évidence de tiques sur les animaux ou dans les pâtures est un élément qui oriente le diagnostic (photo 1 et 2).

 

Photo 1 : Technique du drap blanc pour attirer et repérer les tiques dans les pâtures.

Photo 2 : Les tiques, agents de transmission de l’ehrlichiose bovine.

Le diagnostic de certitude se fait par technique PCR à partir d’un prélèvement de sang. C’est une méthode d’analyse très sensible et fiable puisqu’elle met en évidence la présence de l’ADN de la bactérie responsable de l’infection.

 

Comment prévenir la maladie ?

 

L’ehrlichiose est fortement liée au pâturage de parcelles à risque dans lesquelles, ou autour desquelles, il existe des zones ombragées proches de haies, de bois ou de broussailles qui abritent les tiques.

L’assainissement d’une exploitation est impossible car les tiques sont très abondantes dans le milieu extérieur et peuvent être transportées par de nombreux hôtes (chevreuils, micro-rongeurs, etc.).

S’il est illusoire de détruire totalement les gîtes des tiques proches des parcelles, il ne faut toutefois pas négliger l’importance de l’entretien des haies et des fourrés pour limiter la prolifération des tiques : nettoyer les abords des clôtures sur au moins 2 mètres permet de diminuer la densité des tiques.

Il faudra aussi prévoir un plan de traitement acaricide sur les animaux qui vont pâturer dans ces parcelles à risque. Et pour les animaux malades, il existe des traitements spécifiques. Votre vétérinaire saura vous conseiller et vous aidera à établir un plan de lutte adapté.

 

EN BREF !

Quel risque dans notre région ?

L’ehrlichiose n’est pas une maladie récente, mais elle était difficile à mettre en évidence, considérée comme mineure et finalement peu étudiée. Maladie transmise par les tiques, les symptômes sont beaucoup plus frustes que pour la piroplasmose, dont les signes sont une diarrhée liquide « en corde et des urines rouges foncées). Elle est de plus en plus fréquente du fait du réchauffement climatique (qui permet la survie des tiques porteuses même en hiver) et certainement de mutations de souches bactériennes plus pathogènes.

S’il était avancé qu’il fallait laisser les jeunes bovins (pré-troupeau) se contaminer pour acquérir une immunité, aujourd’hui, cela est remis en cause suite à l’explosion de cas sur des vaches adultes pourtant nées dans l’élevage.

 

Votre élevage est-il susceptible d’être infecté par cette maladie ?

Oui, si vous avez déjà eu des cas de piroplasmose ou si vous avez des pâtures jouxtant des broussailles. Cependant, selon les souches d’Anaplasma phagocytophylum, les vaches peuvent être porteuses asymptomatiques et vous ne verrez peut-être aucun cas clinique se déclarer chez vous…

  Marie Genest             Gaël Gounot