L'alimentation lactée des génisses

Un lait de qualité pour des génisses au top !

 

 

Les génisses de renouvellement constituent l’avenir technique, économique et sanitaire de votre élevage. Leur alimentation représente un investissement qui conditionne leur santé, leur croissance et leur production future. Et cela commence dès l’alimentation lactée des veaux : la qualité du lait qui leur est distribué doit être optimale.

 

On distingue classiquement :

 

  • Le colostrum : épais, jaunâtre et riche en protéines, il est sécrété dans les premières heures qui suivent la mise-bas ; c’est le lait de la première traite

  • Le lait colostral : lait des 7 premiers jours post-vêlage

  • Le lait sensu stricto : lait produit au-delà d’une semaine post-vêlage

     

    APPORT DE COLOSTRUM

     

     

    Le colostrum est le premier lait que le veau boit et il est à bien des égards différent du lait (cf. newsletter juin 2013) :

  • plus riche en énergie (3 fois plus), vitamines (A et E) et minéraux (cuivre, zinc, sélénium),

  • plus digestible et assimilable,

  • laxatif (aide à l’expulsion du méconium),

  • et c’est LA source unique de protection immunitaire du veau : protection non spécifique mais aussi spécifique grâce aux anticorps dirigés contre les germes présents dans l’exploitation.

     

    Le saviez-vous ?

     

  • Des études montrent que, sans un transfert suffisant d’immunité colostrale, le veau a :

  • 5 fois plus de chance de mourir avant 4 mois

  • 2 fois plus de risque de présenter un épisode de pneumonie avant 3 mois

     

  • L’apport de colostrum constitue donc une véritable assurance vie pour les génisses.

     

    Comment optimiser la qualité du colostrum ?

  • Il faudra faire attention aux points suivants :

  • Santé de la mère : vache en bonne santé, correctement vermifugée et bien préparée au moment du tarissement (vitamines, minéral spécial « vache tarie »)

  • Hygiène du colostrum : colostrum non contaminé (mammite, souillures fécales : attention à la paratuberculose (cf. newsletter mars 2014)), prélevé proprement (hygiène du box à vêlage, de la mamelle, des mains du trayeur et du biberon ou seau de collecte).

  • Rang de lactation : le colostrum de la mère peut être indisponible ou de mauvaise qualité, dans ce cas, il est important de disposer d’une réserve de colostrum congelé : on choisira le colostrum des vaches en troisième ou quatrième lactation qui est plus riche et plus protecteur.

  • Rang de traite : c’est le lait de la première traite qui est le plus concentré en anticorps ; celui de la deuxième traite en contient déjà deux fois moins. Attention, lorsqu’une vache perd son lait avant vêlage, mieux vaut la traire et conserver son colostrum au congélateur pour le veau.

  • Adaptation du colostrum au milieu du veau : l’idéal est que les vaches taries - au moins les 3 dernières semaines de gestation - et les veaux évoluent sur le même site ; ainsi, les anticorps contenus dans le colostrum correspondent mieux à l’environnement bactérien dans lequel évoluera le veau.

     

    APPORT DE LAIT

     

    Là encore, la qualité du lait distribué est fondamentale. Voici quelques points clés :

     

    Préférez le lait du tank plutôt que celui d’une vache :

 

  • Sa composition est plus stable au cours du temps. Or on sait que la stabilité de l’alimentation des veaux est essentielle pour leur digestion et donc leur santé. Le taux butyreux notamment, s’il varie trop ou s’il est trop élevé, représente un facteur de risque important de diarrhée chez le veau qui digère mal la matière grasse.

  • Le lait issu d’une vache sélectionnée pour nourrir les veaux est souvent impropre à la consommation humaine : lait colostral, lait à cellules ou lait avec résidus d’antibiotiques. Ce lait devrait également être considéré comme impropre à la consommation animale :

     

    Pourquoi est-ce mauvais de donner du lait à cellules aux veaux ?

 

  • Le lait à cellules contient potentiellement des bactéries qui peuvent perturber la flore digestive des veaux. De plus, il est suspecté que certaines bactéries ainsi transmises aux veaux soient responsables d’infections intra-mammaires des génisses dès leur première lactation

  • Sa composition diffère de celle d’un lait sain, notamment en caséine : le caillé est moins fermeet la digestion moins bonne.

  • Des études montrent que des veaux nourris au lait leucocytaire ont plus de risque d’être malades et plus de risque de mourir que des veaux nourris avec du lait sain.

     

    Pourquoi est-ce mauvais de donner du lait avec des résidus antibiotiques aux veaux ?

 

  • Le tube digestif du veau contient des millions de bactéries, c’est la flore commensale. Non seulement inoffensive, cette flore est indispensable au bon fonctionnement digestif. Comme les bactéries dites pathogènes qui provoquent des maladies, les bactéries de la flore sont sensibles aux antibiotiques : lorsqu’on distribue du lait avec des antibiotiques, non seulement on risque - si les concentrations en antibiotiques sont suffisantes - de détruire en partie cette flore et donc de perturber la digestion du veau, mais en plus et surtout – si les concentrations en antibiotiques sont faibles, ce qui est souvent le cas dans le lait de vaches sous traitement antibiotique - on sélectionne les bactéries qui développent des mécanismes de résistance aux antibiotiques.

     

  • Distribuer du lait contenant des résidus d’antibiotiques aux veaux représente un risque majeur de développement de résistance bactérienne aux antibiotiques dans son élevage, cela doit être proscrit (Tableau).

     

     

     

     

     

    Tableau : Etude de l’impact de la distribution du lait contenant des antibiotiques sur la flore bactérienne des veaux (Aust. et al., 2012)

    Groupe « Lait tank » : 20 veaux nourris avec du lait de tank

    Groupe « Lait avec ATBQ » : 20 veaux nourris avec du lait avec antibiotiques (lait sous temps d’attente)

    Suivi de l’évolution de la résistance de la flore fécale (E.coli) des veaux à 8 semaines d’âge.

Points clés :

  • La génisse constitue l’avenir technique, économique et sanitaire du troupeau : elle doit être considérée comme un investissement pour l’avenir.

  • Le colostrum est un trésor apportant énergie et protection au veau.

  • Il est fondamental de distribuer du lait sain aux veaux : issu du tank, non contaminé et sans résidus d’antibiotiques.

     

     

     

     Comment contrôler l’efficacité du transfert d’immunité passive?

 

  • En évaluant la concentration en anticorps du sang du veau :

    • Prise de sang sur 5 veaux

    • Veaux âgés de 2 à 7 jours en bonne santé

    • Analyse et interprétation par votre vétérinaire

  • En évaluant la qualité du colostrum distribué :

    • Prélèvement de 5 colostrums minimum

    • Analyse réalisable à la clinique ou en ferme (pèse colostrum, colostroballs, réfractomètre ou analyse de laboratoire)

       

       Les points clés de  l’alimentation des veaux avant sevrage

 

 Ellen Schmitt      Frederique Donon

  • Le colostrum correspond au lait de la toute première traite : il faut en donner 2 litres par repas, 3 repas de suite, le premier dans les deux premières heures de vie

  • Plafonner la quantité de lait distribuée à 5 litres par jour afin d’optimiser l’ingestion des concentrés

  • Ne distribuer que des aliments très digestibles : les aliments avec un taux de cellulose brut supérieur à 10 % ne sont pas adaptés aux veaux de moins de 6 semaines

  • Au moment du sevrage, le veau doit consommer 2 kg de concentrés

  • Réserver aux génisses la paille ou le foin de la meilleure qualité possible

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